Le faire ou mourir de Claire-Lise Marguier

Publié le 19 Février 2014

Le faire ou mourir de Claire-Lise Marguier

LE FAIRE OU MOURIR

de Claire-Lise Marguier

aux éditions du Rouergue

Quatrième de couverture:

Vus de l'extérieur, ils faisaient plutôt peur, ceux de la bande à Samy, avec leurs coupes de cheveux étranges, leurs vêtements noirs, leurs piercings... Mais le jour où les skateurs s'en sont pris au nouveau du collège, Dam, avec son physique de frite molle, c'est Samy qui s'est interposé et lui a sauvé la mise. Et c'est comme ça qu'ils se sont rencontrés, et que l'histoire a commencé. Samy a essuyé le sang qui coulait de la tempe de Dam, avec sa manche noire. C'était la première fois que quelqu'un le touchait avec autant de douceur...

La chronique de Lisa McLivres:

 

Enfin je trouve un livre qui traite avec justesse du mal être de certains adolescents, du bouleversement de leurs émotions, des dangers de l’intolérance et des effets dévastateurs qu’elle peut avoir sur une personne au plus profond de sa chair.

Claire-Lisa Marguier nous conte l’histoire d’un jeune garçon de presque 16 ans, Damien – Dam- qui par sa différence suscite rejet et violence. Dam est un adolescent un peu renfermé, trop maigre, au regard souvent baissé, qui se fait tabasser par une bande de skateurs qui voient en lui le moyen d’assouvir leur domination sur les autres, qui est délaissé et incompris chez lui entre un père violent et tyrannique, une mère qui ne réagit pas et une sœur parfaite qui l’écrase littéralement.

La seule façon pour Dam de libérer sa colère et sa douleur passe par l’auto mutilation quotidienne qui lui donne la sensation d’être vivant malgré tout et de ressentir quand même des choses. Après un énième passage à tabac, il sera recueilli par Samy et sa bande, des jeunes aux habits et maquillage noirs et aux piercings provocateurs. Avec ce groupe, Dam va se sentir soutenu, compris mais surtout aimé.

C’est Dam qui nous raconte son histoire. Il nous parle, nous raconte son mal être, ses angoisses. La narration nous invite à partager avec lui tous ses secrets et on ne peut définitivement pas rester insensibles à tout ce qu’il traverse. Son témoignage, car c’en est un, est poignant et percutant ! On découvre à travers lui les méandres des questionnements de cette époque de la vie où un geste, une parole peuvent anéantir une vie toute entière. On souffre pour ce garçon, de le voir si démuni face aux autres, avec des parents qui refusent sa personnalité et l’enfonce de plus en plus dans le rabaissement et l’humiliation.

Face à lui nous avons Samy qui est un garçon bien dans sa tête, qui vit et exprime ses émotions sans filtre et refuse de faire des choses qu’il n’approuve pas. Entouré d’une mère aimante, il n’a aucunes barrières, vit dans le respect de l’autre et la tolérance.  

Bien sûr ce livre parle de la sexualité des adolescents, et plus précisément de l’homosexualité qui surgit presque par hasard ici. Et c’est ce qui m’a le plus ému d’ailleurs. Ni Dam, ni Samy n’ont réellement conscience d’être homosexuels. Ils s’aiment c’est tout. D’ailleurs Dam le dira très bien, non il n’aime pas les garçons il aime Samy. Peu importe le sexe de l’autre, ce qui compte c’est l’amour entre les deux. Ces deux jeunes garçons nous prouvent combien l’Amour n’a pas de genre, qu’il peut être ressenti de différentes manières tout en restant pure, bouleversant et salvateur. Mais malheureusement, le père de Dam ne verra en Samy qu’une « lopette » et un « gothique sataniste ».

Les pages se tournent vite, très vite, pour arriver vers une fin qui nous cloue au mur, nous laisse sans voix. La tension monte petit à petit dans les dernières pages pour nous donner une énorme claque lorsque la dernière est tournée. L’auteur nous laisse même penser que dans la vie tout est possible, que l’on peut basculer de la violence à la joie. « Le faire ou mourir »… un titre qui prend tout son sens à la fin de l’histoire.

C’est un livre qui bouleverse car la douleur de Dam est presque palpable par ses mots, qui dérange car il nous montre que notre rôle de parents n’est pas infaillible, qui nous aide car il nous fait entrevoir des choses que peut être nous ne voyons pas chez nos enfants sans vouloir être moralisateur, qui émeut par la beauté des sentiments entre Dam et Samy car ils sont l’expression d’une tendresse et d’un amour pur, qui frappe par les résultats dramatiques vers où conduisent les préjugés.

Pour son premier roman Claire-Lise Marguier nous offre un témoignage poignant de vérité, avec des mots justes et percutants et qui ne laissera personne indifférent. 

 

Le faire ou mourir de Claire-Lise Marguier

Rédigé par Lisa McLivres

Publié dans #Romans

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